Lettres des maires au Premier ministre

Les 29 maires de la communauté de commune ont envoyé une lettre commune au Premier ministre, afin de l'alerter sur les graves conséquences de ce deuxième confinement pour les petits commerces.
Tout en admettant la pertinence de ces mesures sanitaires, ils insistent sur les conséquences ravageuses sur l'économie locale. La lettre est à lire en intégralité ci-dessous, elle est signée par M. Huet, président de la communauté de communes, et co-signée par les 28 maires des communes concernées. 

Monsieur Le Premier Ministre
Hôtel de Matignon
57 rue de Varennes
75007 PARIS

Chauffailles, le - 4 NOV. 2020

Monsieur le Premier ministre,

La dégradation de la situation sanitaire, les signes d'une saturation prochaine des capacités d'accueil des hôpitaux et hélas, la courbe tristement ascendante des décès, tous ces indicateurs ont conduit le Président de la République et le gouvernement à ouvrir une nouvelle période de confinement.
En toute responsabilité, les maires que nous sommes, ne doutent pas de l'obligation qui était la vôtre, d'agir, d'agir vite, pendant qu'il en est peut-être encore temps, d'agir fort.
Les mesures prises lors du premier confinement ont montré une grande efficacité en influant très positivement sur la propagation du virus.
En revanche, elles ont gravement impacté l'activité économique et entrainé de lourdes conséquences sociales, pertes de revenus et pertes d'emploi. Le gouvernement a pris beaucoup de décisions et mis en œuvre de nombreux dispositifs pour réduire les effets de cette crise. Les collectivités territoriales ont, d'ailleurs, pris leur part dans le déploiement des aides apportées au tissu économique.
Ces mesures ont eu, aussi, des effets délétères au plan psychologique, notamment chez nos aînés résidents dans les EHPAD et en maisons de retraite.
Tenant compte de tous ces éléments, le (re)confinement annoncé par le Président de la République se montre beaucoup moins contraignant, recherchant un équilibre entre l'absolue nécessité de renforcer les barrières au virus tout en tentant de préserver, au plus haut niveau possible, l'activité économique.
Comme l'ont fait, sous des formes diverses, un grand nombre de nos collègues maires, nous attirons à notre tour, votre attention sur la situation des "petits commerces" contraints à la fermeture par le décret que vous avez signé le 29 octobre dernier et injustement considérés par rapport à d'autres structures commerciales.
Entendant les justes mécontentements qui vous ont été rapportés face à cette injustice, vous avez pris la décision d'interdire la vente de produits non-essentiels dans les grandes surfaces. Pour autant, cette injustice demeure ; beaucoup des produits dont l'achat n'est pas possible "en ville", sont tout à fait disponibles et libres à la vente sur les plates-formes et les boutiques "en ligne".

Par ailleurs, il est permis de s'interroger sur la notion de produits ou services non-essentiels. Se vêtir, se divertir, s'enrichir par le livre, prendre soin de soi dans un salon de coiffure, une parfumerie, manifester de l'amitié ou de l'affection par un cadeau, même futile, ...... , n'est-ce pas une nécessité première et une préoccupation quotidienne pour chacune et chacun d'entre nous  ?
C'est d'autant plus évident en cette période.
Nous comprenons bien que l'objectif est d'empêcher un afflux important de chalands dans et à proximité des boutiques, mais :

  • Eviter cette éventuelle affluence à présent, n'est-ce pas simplement la retarder parce que les achats qui ne sont pas faits aujourd'hui dans la perspective des fêtes notamment, le seront demain, sur une période plus courte, par un effet de "rattrapage" ?
  • Les commerçants, nous le constatons chaque jour, respectent et font respecter les gestes barrières : port du masque, distanciation, nombre limité de clients à l'intérieur des boutiques.

Suivant en cela les recommandations des plus hautes autorités scientifiques, le Gouvernement communique avec force et constance sur la nécessité de respecter les gestes barrières et sur leur efficacité, en particulier le port du masque. Edicter des règles strictes d'évitement y compris dans des espaces dans lesquels toutes les précautions sont prises, n'est-ce pas risquer d'installer un doute dans les esprits sur l'efficacité de ces gestes et donc, de donner du grain à moudre à ceux qui se montrent rétifs à cette discipline ... et le disent ?
Il est, sans doute, possible, sans pénaliser nos commerces et services de proximité, de renforcer, encore les mesures préventives :

  • Privilégier le rendez-vous à chaque fois que c'est possible
  • Proposer la livraison et le retrait en boutique
  • Utiliser, si elles existent, les ressources numériques pour développer et faire connaître ces services, les créer si elles n'existent pas.
  • Imposer le port du masque en agglomération et dans toutes les circonstances (sauf dans la sphère privée évidemment)
  • Contrôler plus régulièrement le respect des consignes dans les espaces clos et en extérieur et verbaliser si nécessaire.
  • Communiquer davantage par tous les moyens disponibles, au plan local, internet, Facebook, affichages, journaux électroniques, applications mobiles, bulletins d'informations, ...
  • ... et toutes suggestions dont les commerçants nous feront part.

Les collectivités prendront largement leur part et leurs responsabilités, comme elles l'ont fait en adoptant des dispositifs pour soutenir le commerce de proximité.
C'est le cas de notre collectivité, dont le conseil communautaire a, unanimement, initié une opération de Chèques cadeaux qui permet au consommateur de réaliser une économie de 25 % sur ses dépenses effectuées dans les enseignes du territoire. Il est évident que les mesures de confinement telles qu'elles ont été décidées, viennent mettre un coup d'arrêt à cette opération qui débutait sous les meilleurs auspices. Elles en compromettent la réussite et annihilent les effets attendus de ce plan de relance, par les élus et les acteurs économiques du territoire.

Sauvegarder, renforcer même le tissu des commerces et services de proximité est essentiel sur le plan strictement économique.
C'est capital sur le plan social parce qu'il faut préserver l'emploi et le développer.
C'est fondamental pour la vie et l'animation de nos communes.
Monsieur le Premier ministre, notre détermination à défendre le commerce local est forte.
Elle n'est, en rien, contradictoire à notre engagement et à notre volonté de contribuer, à vos côtés, à assurer la sécurité sanitaire de tous et de participer à la lutte contre l'épidémie de Covid-19,
Vous remerciant de l'attention que vous porterez à notre démarche unanime, veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l'expression de notre considération distinguée.